2010
Dialogues de compositeurs
Festival de musique du Schleswig Holstein (SHMF) : un concert à la fois plaisant et édifiant
Dès les premières mesures du Nocturne pour piano "Meine Freuden" de Chopin en transcription de Liszt, Vladimir Stoupel, pianiste russe ayant élu Berlin pour domicile, a fait montre d’une extraordinaire maîtrise de l’attaque et d’une relation intime avec la composition.
Jouant la ballade de Simon Laks Hommage à Chopin, il a réussi à montrer comment Laks appréhenda la musique de Chopin. Intense dans l’introduction, puis de plus en plus dramatique.
Utilisant un rythme suggestif, il a fait une interprétation séduisante de la Valse minute de Chopin. Dans La Valse de Ravel, il a fait ressortir les interruptions marquantes de manière éruptive, laissant percevoir le désespoir et la mise au repos forcée des souvenirs de Ravel de la Première Guerre mondiale.
La deuxième partie du concert a été tout à l’honneur de Judith Ingolfsson, accompagnée au piano de Vladimir Stoupel dans tout son génie. Cette violoniste originaire d’Islande a poursuivi avec le Nocturne en ut dièse mineur (posthume) de Chopin, avec un son précisément ciselé tout en restant mélodieux. Elle a redonné vie à la version perdue des Trois pièces de concert pour violoncelle et piano de Laks en présentant une adaptation pour violon et piano. Son jeu a été intense et authentique, à la mesure de l’œuvre. Elle a interprété le premier mouvement d’une manière dansante, pleine de fantaisie et d’humour raffiné. Avec Romance, elle a séduit le public par son jeu cristallin et une mélodie à la fois belle et triste, laissant une large place, dans le dernier mouvement, aux accents comiques.
Interprétant la Sonate pour violon et piano de Ravel, le duo a fait preuve d’une fusion extraordinaire. Judith Ingolfsson a dégagé en particulier le caractère résigné et quelque peu lapidaire du blues. L’aspect « balladesque » et révolté de la composition a été si bien interprété qu’on aurait cru entendre chanter la fiancée du pirate de Kurt Weill.
Je n’avais encore jamais vu les spectateurs applaudir entre les différents mouvements pendant un concert du festival SHMF. Voilà qui est chose faite. Avec le concert donné par Judith Ingolfsson et Vladimir Stoupel à Norderstedt. Le premier mouvement des Trois pièces de concert de Simon Laks retentissait encore dans la salle que certains auditeurs, enthousiastes, n’ont pu retenir leurs applaudissements. Et à juste titre. Car ce duo a tout simplement joué d’une manière fantastique.
Hamburger Abendblatt, 26 juillet 2010
Maurice Ravel à l’honneur dans l’église du village
Donnerstagskonzert – concert du jeudi – avec Judith Ingolfsson et Vladimir Stoupel
Unis aussi bien dans la musique que dans la vie, la violoniste Judith Ingolfsson et le pianiste Vladimir Stoupel ont ouvert cette année de leur jeu virtuose la série estivale des cinq « Donnerstagskonzerte », les concerts du jeudi.
Au cœur de leur programme : la Valse, adaptée pour piano, et la Sonate pour violon et piano de Maurice Ravel.
Réunis en grand nombre à la plus grande joie de tous, les auditeurs ont récompensé les prestations de haut niveau de leurs applaudissements chaleureux, obtenant ainsi en supplément un nocturne de Frédéric Chopin adapté pour violon et piano par le violoniste Nathan Milstein. Le duo a commencé par les Trois pièces de concert, du compositeur polonais Simon Laks (1901-1983). Ses Trois pièces de concert (1935), qui rendent hommage au style néoclassique, présentent une alternance raffinée entre cantilène, interruptions dynamiques et passages virtuoses.
La Valse, jouée en milieu de concert, en a représenté la pièce centrale. Alliant perfection sur le plan technique et dynamisme frôlant la limite du supportable, Vladimir Stoupel a exploré le caléidoscope sonore, proposant une biographie de la valse tout d’abord surgie du néant, puis élevée à son paroxysme pour finalement s’anéantir à nouveau. Une interprétation à la fois saisissante et exténuante !
La grande sonate pour violon en do majeur (première représentation en 1927 à Paris) a apporté pour ainsi dire le calme après la tempête. Le deuxième mouvement interprété dans le style du blues en hommage au jazz américain importé des États-Unis en Europe fut bien évidemment l’apogée du concert. L’inouï perpetuum mobile a finalement fait place aux chants nocturnes de Chopin, tenant lieu de conclusion à cette soirée très appréciée.
Jungfrau Zeitung (Suisse), 17 juillet 2010
Une éruption sonore au pouvoir libérateur
Pour clore la saison, l’orchestre philharmonique joue Liszt et Chostakovitch.
.... Liszt est encore une fois au programme de la soirée. Soliste du deuxième concerto pour piano, Vladimir Stoupel peut se vanter d’un succès bien mérité. Le pianiste et l’orchestre ont présenté les variations de thèmes de Liszt tels des métamorphoses de caractère, montrant, dès les premières mesures, tout le potentiel recelé par la musique dans ces débuts insignifiants. Vladimir Stoupel ne se contente pas d’ajouter en filigrane de simples arabesques aux accords tendres et lyriques des instruments à vent en bois. Il donne aux sons des accents qui préfigurent déjà aux développements ardus de sa partie de piano athlétique, dans laquelle les passages d’octaves et d’accords sont plus tard ciselés et travaillés avec précision et netteté. Mais Vladimir Stoupel peut également jouer d’une manière tout à fait détendue : dans le leggiero légèrement scandé, dans les passages invitant à la rêverie dans lesquels l’orchestre passe presque inaperçu, ou encore lorsqu’il enrobe la cantilène du violoncelle soliste de son jeu doux et perlé.
Mittelbayerische Zeitung, 14 juillet 2010
Un final aux allures hymniques
Le concerto pour piano en mi mineur op. 11, auquel les musiciens, pour l’exposition de l’orchestre, ont conféré une fougue toute imprégnée de Beethoven, semblait prédestiné pour rendre hommage à Chopin. La prestation puissante du soliste Vladimir Stoupel, soulignant chaque son d’une emphase remarquable, a fait grande impression. Jouant avec légèreté sans pour autant prendre son rôle à la légère, il s’est avéré être un véritable avocat de Chopin, penseur et presque soucieux, qui n’était pas reste avec le virtuose et son œuvre dans les passages foisonnant de trilles. Il s’est hasardé en rêvant dans les sphères lyriques, a suscité le pathos avec bravoure sur son clavier - bref : son toucher nuancé allant de doux à vigoureux et son indomptable volonté créatrice nous l’ont montré comme un véritable peintre d’ambiances, affichant des contours nets, aimant les contrastes. C’est avec une beauté fascinante et éclatante qu’il a chanté le larghetto, comme un nocturne rayonnant d’une lumière intérieure. Pluie d’applaudissements et bis de Schubert.
Märkische Oderzeitung, 15 mars 2010